La série Teach You a Lesson : une réponse aux failles de l’éducation ?

Sorti le 5 juin 2026, Teach You a Lesson est un K-drama que j’ai choisi de découvrir seulement à la fin du mois. Avec le recul, je regrette d’avoir attendu si longtemps. Malgré les nombreuses critiques qui ont accompagné sa sortie , notamment son traitement controversé des châtiments corporels ou la place parfois secondaire accordée à la parole des élèves , la série m’a particulièrement touché.

affiche officiel

Au-delà de ses choix narratifs discutables, Teach You a Lesson propose une représentation réaliste des dérives du système éducatif sud-coréen. En seulement dix épisodes, la série dresse le portrait d’une société qui a fait de l’éducation l’un des piliers de son développement économique. Cette « économie des cerveaux », souvent présentée comme l’un des moteurs du succès sud-coréen, repose sur une compétition scolaire intense où la réussite académique devient un impératif social.Comme on peut le constater sur ce graphique démontrant le taux de scolarisation des 15-19 ans .

OECD data 

Mais cette quête permanente de l’excellence n’est pas sans conséquences. Harcèlement scolaire, pression psychologique, hiérarchies entre élèves, isolement social ou encore suicides : autant de réalités que la série aborde frontalement. Loin d’offrir une vision idéalisée de l’école, elle met en scène les tensions qui traversent quotidiennement les établissements scolaires.

Parmi les thèmes abordés dans la série , celui de la pression exercée sur les enseignants est sans doute l’un des plus marquants.

Pression exercée sur le corps enseignant

Un épisode est consacré à une jeune professeure, passionnée par son métier. Enthousiaste et investie, elle souhaite avant tout accompagner ses élèves et être reconnue pour son travail. Cependant, son quotidien bascule lorsqu’elle se retrouve confrontée à la mère d’un élève qui exige un traitement de faveur pour son fils.

La mère

D’abord ponctuels, les appels téléphoniques deviennent incessants. Aux demandes succèdent les reproches, puis les insultes. Progressivement, le harcèlement s’installe et envahit la vie privée de l’enseignante. Épuisée psychologiquement, elle finit par ne plus répondre aux sollicitations de cette mère. La situation atteint son paroxysme lorsque celle-ci porte contre elle une accusation mensongère d’attouchement sexuel, détruisant en quelques instants sa réputation et son équilibre mental.

La professeure 

Si cette intrigue peut sembler excessive, elle fait pourtant écho à une réalité qui a profondément marqué la Corée du Sud.

Tout est parti du suicide de Lee Min-so, une institutrice de 23 ans retrouvée morte dans sa salle de classe en juillet 2023. Dans son journal intime, cité par la BBC, la jeune femme décrivait l’angoisse qui l’envahissait avant même de commencer sa journée de travail : « J’ai la poitrine trop serrée. Je me sens dépassée par la folie du travail. » À côté de son lit, ses proches ont retrouvé des dessins réalisés par ses élèves, témoignant de l’affection qu’ils lui portaient, ainsi que plusieurs ouvrages consacrés à la lutte contre la dépression.

Sa disparition a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Comme le rapporte Radio France, des milliers d’enseignants ont alors pris la parole pour dénoncer les pressions croissantes exercées par certains parents, les plaintes abusives et le manque de protection dont ils estiment faire l’objet.

Image des manifestations (BBC)

C’est précisément cette réalité que Teach You a Lesson parvient à retranscrire. Les enseignants eux aussi deviennent les victimes d’attentes démesurées, coincés entre les exigences institutionnelles, les ambitions parentales et la nécessité de préserver leur autorité.

Le problème du harcèlement scolaire

S’il existe un thème qui traverse presque tous les épisodes de Teach You a Lesson, c’est bien celui du harcèlement scolaire. Présent sous différentes formes tout au long de la série, il témoigne de l’omniprésence de ce phénomène au sein des établissements scolaires sud-coréens.

Dans la série

Loin d’être un simple sujet secondaire, le harcèlement constitue l’un des fils conducteurs du récit. La série montre qu’il ne s’agit pas seulement d’actes isolés, mais d’un phénomène profondément ancré dans certaines dynamiques sociales et scolaires.

Un harcèlement avant tout psychologique

De nombreux K-dramas abordant la question  ont tendance à représenter le harcèlement sous sa forme la plus visible : la violence physique. Des séries comme Class of Lies , The Glory ou Study Group mettent ainsi en scène des élèves frappés, humiliés ou agressés par leurs camarades.

The Glory 

Teach You a Lesson choisit cependant une approche différente. La série s’intéresse davantage aux mécanismes de domination sociale qui se développent au sein des groupes d’élèves. Dans les derniers épisodes, un lycéen devient progressivement le « portefeuille » de ses camarades harceleurs : il paie leurs dépenses, leur rend des services et accepte leurs exigences, non pas parce qu’il y est physiquement contraint, mais parce qu’il craint que la pression psychologique ne se transforme en violence.

Dans la série

Comme le montre la série, il existe en Corée du Sud une forme particulière de harcèlement appelée « Wi-Fi Shuttle ».Cette expression est apparue après qu’un message publié sur une communauté en ligne est devenu viral le 4 janvier 2012. Un élève y racontait qu’il était contraint par ses camarades de devenir leur «Wi-Fi Shuttle ».

Selon son témoignage, il avait été menacé et forcé de souscrire à un forfait Internet, coûtant plus de 55 000 wons par mois. Il devait ensuite activer le partage de connexion de son téléphone afin que les harceleurs puissent utiliser son accès Internet gratuitement.Si la connexion se coupait soudainement ou s’il s’éloignait du groupe, il était battu par ses camarades. Dans son message, l’élève expliquait espérer que son école installe un réseau Wi-Fi afin d’être enfin libéré de cette situation.

Ce type de harcèlement illustre la manière dont les nouvelles technologies peuvent être intégrées aux mécanismes de domination entre élèves. 

Un phénomène en constante progression

Les chiffres confirment l’ampleur du problème. Selon les dernières études du ministère sud-coréen de l’Éducation, près de 3 % des élèves déclarent avoir été victimes de harcèlement scolaire. En 2023, plus de 60 000 élèves sud-coréens ont signalé des faits de harcèlement, soit près du double du nombre recensé cinq ans auparavant.

(MDPI)

Cette situation est d’autant plus préoccupante que la Corée du Sud affiche l’un des taux de suicide les plus élevés parmi les pays de l’OCDE, avec 26,9 suicides pour 100 000 habitants. Si les causes sont multiples, la pression scolaire et le harcèlement sont régulièrement identifiés comme des facteurs aggravants, en particulier chez les jeunes.

Quand la violence physique reprend le dessus

Pour autant, la série ne cherche pas à minimiser les formes les plus brutales du harcèlement. Plusieurs épisodes rappellent que la violence physique demeure une réalité dans certains établissements.

L’un d’entre eux conduit les protagonistes dans une école où les élèves les plus influents fonctionnent comme de véritables chefs de gangs. Leur autorité repose sur la peur et sur l’usage systématique de la violence pour imposer leur domination. À travers cette intrigue, Teach You a Lesson montre comment certains établissements peuvent devenir des espaces où la loi du plus fort remplace progressivement toute forme d’autorité éducative.

Dans la série 

La question de la responsabilité des mineurs

La série soulève également une autre problématique sensible : celle de la responsabilité pénale des jeunes criminels.

Dans plusieurs épisodes, des élèves profitent de leur  âge pour commettre différents délits, convaincus qu’ils échapperont à de véritables sanctions judiciaires. Vols, violences ou encore trafic de substances illicites sont parfois présentés comme des actes dont les auteurs pensent pouvoir se sortir sans conséquences .

À travers ces situations, le K-drama interroge les limites du système judiciaire lorsqu’il est confronté à une délinquance juvénile de plus en plus médiatisée.

On pourrait également lié ces scènes avec un épisode de la vie réel .

En effet ,le 29 mars 2020, un collégien  a volé une voiture de location, puis a embarqué sept de ses amis avant de prendre la route de Séoul à Daejeon à grande vitesse. Alors qu’il était poursuivi par la police, il a percuté et tué une personne .

La victime, âgée de 18 ans, était étudiante en première année d’université et travaillait à temps partiel comme livreuse de repas.Au moment des faits, six des adolescents ont été arrêtés, tandis que les deux autres ont volé un second véhicule à Sejong pour tenter de rejoindre Séoul avant d’être finalement interpellés.
Bien qu’ils aient causé la mort d’une jeune étudiante , aucun des collégiens impliqués dans l’accident n’a fait l’objet de poursuites pénales. Tous étaient âgés de moins de 14 ans, soit l’âge minimum de responsabilité pénale en vigueur à l’époque en Corée du Sud. Leur sanction s’est donc limitée à un placement en centre de détention pour mineurs pendant deux ans.


Image MBC News 


Dans la série 


Une évolution des mentalités

Toutefois, la série laisse également entrevoir une évolution de la société sud-coréenne face à ces problématiques.

Ces dernières années, plusieurs institutions ont cherché à renforcer les conséquences des actes de harcèlement scolaire. Certaines universités sud-coréennes prennent désormais en compte les antécédents disciplinaires liés au harcèlement dans leurs procédures d’admission. Une mesure récente qui témoigne d’une volonté croissante de considérer ces violences comme des faits graves pouvant avoir des répercussions sur l’avenir des élèves concernés.

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